Le Témoin 2011-4

Semez la foi

 Jean-Pierre GOLAY

« La foi vient de ce qu'on entend… » affirme l’apôtre des nations (Rm 10.17). On commence toujours par croire ce qu’on entend. Dans le sein maternel, l’enfant entend les premiers sons. Dans son berceau, il entend des voix qui deviennent familières, il voit un monde qu’il découvre avec la participation de tous ses sens.

Le réel commence par être ce que perçoivent nos cinq sens. Plus tard, on découvre que l’ombre qui dans la nuit nous fait peur n’est qu’un objet pendu à un crochet, que le craquement qui fait craindre un voleur n’est provoqué par personne. Nous interprétons toujours les informations transmises par nos sens. Par la suite, on apprend que les chiens entendent des sons que nos oreilles n’entendent pas et qu’ils perçoivent des odeurs insensibles à nos narines. La télécommande que nous manipulons quotidiennement communique nos ordres à distance par une lumière que nos yeux sont incapables de voir. Nos sens sont très précieux, mais ils ont des plages de sensibilité limitées. Les aînés sont bien conscients de ces limites.

« La foi vient de ce qu'on entend et ce qu'on entend par la parole du Christ. » L’affirmation apostolique s’inscrit dans une conception du monde. Celle reçue par Saul dans sa famille, dans la diaspora juive de Cilicie. Puis structurée à Jérusalem, à l’école de Gamaliel, sur la base de la torah, des neviim et des ketouvim, les trois parties de la Bible juive que nous nommons l’Ancien Testament. Nous sommes tous nés quelque part, dans un milieu porteur de sens. Pour la plupart des lecteurs du Témoin, ce milieu est grosso modo semblable, mais il est de nos lecteurs pour lesquels le milieu d’origine est très différent. Ils ont vécu leurs premières années dans une société animiste, ou athée. On commence toujours par croire nos sens et ce qui est dit, là où nous vivons. On ne peut pas faire autrement.

On a longtemps attribué l’épître aux Hébreux à l’apôtre Paul à cause de similitudes évidentes. Dans nos Bibles, cette épître n’est plus classée parmi les pauliniennes. Son auteur est inconnu, mais à le lire c’est un homme qui connaît bien le judaïsme et un chrétien instruit dans la foi apostolique ; c’est probablement un Juif de la diaspora, peut-être celle d’Alexandrie, comme Apollos. Cf. Ac 18.24.

De tous les auteurs néotestamentaires, celui de l’épître aux Hébreux a le plus réfléchi à la foi. « Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce qu'on voit ne provient pas de ce qui est manifeste » écrit-il au célèbre chapitre 11 (v.3). Nous voyons le monde, mais ne voyons pas sa cause, la parole divine qui l’a produit, on lit ce qui en est écrit et on le croit ou pas.

La science a fait d’énormes progrès. Nos instruments, télescopes, microscopes, etc. prolongent nos sens bien au-delà de leurs limites naturelles. La théorie, connue sous le nom de ‘modèle standard’ fournit une explication générale de l’univers. Elle remonte le temps jusqu’à quelques fractions de seconde avant le big bang. Avant l’instant zéro, ce n’est plus la science, c’est la foi. Notre auteur affirme clairement la primauté de la foi : « celui qui s'approche de Dieu doit croire que celui-ci est, et qu'il récompense ceux qui le recherchent. » (He 11.6). Au départ, la foi est confiance accordée à : un objet, une personne, une parole ; par exemple : ‘Il fera beau demain, la météo l’a dit’. On croit, ou ne croit pas, que Dieu existe réellement et pas seulement dans la tête des gens.

« La foi, c'est la réalité de ce qu'on espère, l'attestation de choses qu'on ne voit pas. » (He 11.1). Cette définition souligne le fait que la foi croit réel ce qu’elle espère, elle considère comme certain ce qui échappe totalement à nos sens. La science procède différemment, elle formule des hypothèses et les vérifie empiriquement. Si l’hypothèse est invalidée par l’expérience, elle est abandonnée au profit d’une nouvelle hypothèse. On ne prouve pas Dieu, on croit qu’il existe, c’est tout.

La foi d’Abraham est inscrite dans l’histoire, elle a donné naissance à des cultures qui ont marqué l’humanité. Le judaïsme, le christianisme et l’islam ne sont pas identiques, mais ces trois systèmes de sens sont issus de la foi d’Abraham. Il y a d’autres systèmes, dont les racines sont ailleurs, qui donnent un sens différent à l’existence. Notre auteur, judéo-chrétien, poursuit sa réflexion sur la foi en ces termes : « C'est selon la foi que tous ceux-là sont morts, sans avoir obtenu les choses promises ; cependant ils les ont vues et saluées de loin, en reconnaissant publiquement qu'ils étaient étrangers et résidents temporaires sur la terre. » (He 11.13). Notre foi s’inscrit dans la longue file de pèlerins qui cheminent ici-bas en regardant au-delà du visible, l’objet de leur foi, l’Incomparable, dont a parlé Ésaïe (40.18) et dont l’amour est révélé en Jésus-Christ.

Ne vous lassez pas de semer la foi, elle donne sens à l’existence.
 

© Action Biblique Internationale

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